Hommage : Bleu singulier

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Poésie et traduction

Hommage à Anne Mounic par Claude Cazalé

Je remercie Guy Braun, les organisateurs de cette rencontre de m’avoir invitée à participer à cet hommage à notre chère Anne Mounic dont la présence continue à nous accompagner à travers la poursuite des projets qu’elle avait lancés et développés avec tant de créativité et d’énergie.

En particulier, autour de l’œuvre de Claude Vigée – et je parle aussi en tant que vice-présidente de l’Association des Amis de l’œuvre de Claude Vigée, qu’elle avait fondée avec lui – et en général autour de la poésie qu’elle a servi par ses propres créations, mais aussi en publiant et en traduisant en poète d’autres poètes tels qu’André Spire, Jean Wahl, Henri Meshonnic.

Je voudrais rappeler à ce propos ces paroles de la poétesse juive allemande Nelly Sachs, qui assignent un horizon illimité à l’écriture du poète et du traducteur : « Je n’ai pas de pays, et au fond pas non plus de langue. Rien que cette ardeur du cœur qui veut franchir toutes les frontières »
[1]
. Elle dit aussi de la traduction, avec une magnifique expression, une « transfusion d’homme à homme », soit une circulation commune du sang entre les êtres. Le traducteur et le poète n’ont-ils pas vocation de « passeur », de « médiateur » ? Faire passer, conduire, transporter : le transport de l’intelligence et du cœur sous l’effet de l’enthousiasme, de l’inspiration, qui mène dans un territoire autre et en même temps ramène à soi, à travers et par-delà les différences, les distances, les barrières culturelles et linguistiques.
Une manière de passer de « je » à « tu », de « tu » à « je », du même à l’autre, du propre à l’étranger, de caresser le rêve de l’universalité. Comme le savait, Anne traductrice de Jean Wahl, poète et philosophe, dans ses poèmes anglais, mais aussi à l’écoute d’Henri Meschonnic, grand traducteur de la Bible, la
traduction est contact et relation, accueil de l’étranger et respect de l’autre, un engagement qui appartientde plein droit à l’éthique.

Il s’agissait aussi bien pour Anne, de créer en écrivant, et de faire rayonner la poésie par l’édition, la plus attentive et complète possible, par la traduction dans son hospitalité langagière, par l’interprétation dans sa dimension comparatiste et par l’illustration – puisqu’elle dessinait et peignait avec une force expressive et un lyrisme d’une grande richesse de tons et de rythmes : je pense aux dessins qui illustrent avec une grâce infinie les sonnets romains de Viatcheslav Ivanov où s’exprimait tout son amour pour l’Italie.

Mais aussi bien, toutes ces œuvres qui la passionnaient échappaient-elles à une abstraction