Je crains bien que cette année, les hirondelles ne reviennent pas nous annoncer le printemps, ni animer notre été. Migrantes en effet, et provenant du Sud, elles pourraient ne pas se sentir bienvenues. Elles pourraient même s’offenser de certains discours blâmant les voyageurs de tous nos malheurs, ces étrangères si légères qui viennent tresser leurs nids sous nos toits, danser dans l’air au-dessus de nous et peupler notre ciel de leurs aigus trissements. En déplaçant, en hâte et commodément, toute la faute sur leurs ailes frêles mais hardies, nos beaux parleurs accomplissent là un véritable prodige, un vrai tour de passe-passe, une sournoise entourloupe. Détournant nos regards de la question essentielle, escamotant les conséquences de leurs propres choix, ils ressemblent au personnage que Thomas Mann composa en 1929 et qui a pour nom Cipolla, le magicien.