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Février 2017 - Anne Mounic
Anne Mounic

Février 2017

Pour ne pas oublier Plus que lune ‒ sur la lente échelle du rythme (Feuilles, octobre 2016), je vous en propose un extrait ci-dessous.

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Toucher. Gouache, 2016.

Il dit que le Sacré (il met une majuscule à ces mots-là) exige que meurent ceux qui ne le respectent pas.
Il applaudit.

Hervé pense qu’il agit. La cause est juste. C’est amplement démontré. Il le faut. Il faut que la cause soit juste. Il faut que ce soit amplement admis sans qu’on ait besoin d’y revenir. Il lui faut agir. Hervé a trouvé sa voie. Auparavant…, il ne se souvient même plus très bien… Il menait une vie terne, ne savait trop que faire, où se tourner. Il attendait tout du monde extérieur, de l’occasion – ce qui se présenterait –, mais l’événement lui résistait. Rien ne se manifestait. Le vide finit par résonner en lui. Il tenta deux ou trois petits larcins, histoire de se remettre à flot. Il eut de la chance, ne se fit pas prendre, continua un peu de cette façon, mais son existence ne se justifiait pas. Il lui manquait quelque chose, qu’il ne songea pas à trouver en lui-même. Le manque était double. Il avait besoin que quelqu’un substitue à l’individu qu’il était, ambitieux mais sans ressort intérieur – il se sentait petit, bien trop petit –, une figure tellement reconnaissable qu’elle serait reconnue ; et il n’aurait pas à chercher en lui, vainement, l’inouï, tellement immaîtrisable, pour soi déjà, au départ. Au seuil des années, la perspective déjà l’épuisait.
Le sacré (je ne mets pas à ce mot de majuscule) résout cette question-là, celle de l’immaîtrisable, et celle, concomitante, de l’épuisement. Le sacré résout la question du souffle, en somme. C’est la raison pour laquelle Hervé ne doit répondre de ses actes que devant ses frères d’arme. Leur regard convaincu fait de lui un héros. Humain plus qu’humain ; humain dépassé dans la glorieuse extase de la mort. Dans les yeux des autres, il se reconnaissait enfin ; se percevait comme on perçoit une silhouette extérieure, dans l’assurance que cet autre, dont on ne connaît pas toutes les hésitations, toute la lenteur et le doute, avait raison. C’est de cette façon-là que la cause était juste, comme abolition de soi et de toutes ces petites douleurs qui dénigrent le particulier, car elles ne le mènent qu’au questionnement, creusant l’incertitude jusqu’à la naissance de la voix – unique et, de ce fait, impossible à reconnaître. Elle se contentait de jaillir, neuve et injustifiée, à découvrir. Il fallait bien trop de temps, bien trop de recherche, pour dépasser les cadres de pensée institués. Il fallait une certitude intérieure, transcendant le vide de l’inerte, de l’accoutumé et du minuscule, pour saisir son unicité, son chemin, son dessein. Nous ne sommes pas tous égaux devant la patience des jours. L’immédiat, aveuglant, absorbe avidement le vide. Il vaut mieux se contenter de ressembler à ce qui existe déjà et se proclame haut et fort. La certitude triomphe.

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Guy Braun | | Temporel.fr