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Décembre 2016 - Anne Mounic
Anne Mounic

Décembre 2016

Plus que lune ‒ sur la lente échelle du rythme

Quelques remarques sur le titre de ce roman

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Anémone et jacinthe. Gouache, 2016.

Plus que lune ‒ Cet emprunt à un vers du poète anglais du dix-septième siècle, John Donne, suggère un au-delà, celui du récit ou, plus généralement, par-delà ou en deçà, une échappée dans l’infini de notre puissance de création.

sur la lente échelle du rythme : dans ce récit, la musique donne sa tonalité à chaque partie. Elle est liée au pathos, à tous ces sentiments, toutes ces sensations qui fourmillent en nous et se manifestent par le rythme avant d’accéder à la parole. La musique est complice du pathétique. Pour le drame à diverses facettes qui est conté dans la première partie, j’ai choisi la symphonie Pathétique de Tchaïkovski. Le morceau conduit cette première partie à sa culmination, entravée par le coup d’éclat d’un individu étranger à cette « lente échelle du rythme », qui est aussi la lenteur de la vie de chaque jour, invitant à la patience. Pour la goûter, il vaut mieux savoir entrer en soi plutôt que de s’en remettre à des certitudes extérieures empruntées, et autoritaires.

Face à cela, on compte dans le roman des personnages qui essaient de vivre dans l’incertitude de notre monde. L’existence y est plus difficile pour certains. Le récit aborde la question du pouvoir et l’angoisse qu’instille le chômage dans la société tout entière. On renoue, dans les deux dernières parties, Invitation à la Valse (Carl Maria von Weber) et April in Paris (Count Basie) avec la patience de vivre.
Comme le récit, la musique a le pouvoir de réparer le tragique et de renouer avec la vie en sa continuité. Le morceau final, April in Paris, nous offre une mélodie à fredonner en avril à Paris lorsque les marronniers sont en fleur, mais aussi deux reprises à la coda, qui disent tout l’effort de l’art pour ne pas se complaire au tragique et s’orienter vers l’infini de ce que chacun, dans l’instant, peut ouvrir en laissant s’épanouir souffle et jouissance d’œuvrer.

Extrait du « Prélude » au roman :

Chacun est unique ; nul n’est superflu. C’est une éclosion toujours recommencée, un peu plus avant, un peu plus loin. Le récit, comme la musique, place l’instant en excès par rapport à lui-même puisqu’il vise un jaillissement dans l’au-delà qu’il suscite. Les personnages surgissent. Il n’est que de les nommer pour qu’ils entrent de plain-pied dans la narration, Vlad et Magda, Teddy et Nadine, Mona, étudiante dépassée par les exigences universitaires, Caroline, qui, elle, tellement singulière à notre époque, se passionne pour la littérature, Hervé, Basile, et Constance, qui, se fiant opiniâtrement à son utopie, les rassemble tous à la fin. Elle n’oublie pas Cédric, qui pense que Teddy se trouve au chômage, car il est incompétent, et Marcel, qui rêve d’un pouvoir fort pour se débarrasser des problèmes et des vauriens. Je confie l’esquive du péril à la ferveur réparatrice de la parole. Et puis vient Benjamin, poète. Les individualités se croisent sans nécessairement se reconnaître. Certaines ne s’expriment que très brièvement, dans l’autobus ou à la faveur d’une conversation qu’il est intéressant de rapporter. Patricia, elle, ne sait plus très bien où elle en est.
Ces personnages mettent en scène le drame en le dépouillant afin d’en explorer les ressorts, ou de le tenter, au moins. Ils incarnent cette recherche complexe dans un langage qui ne vise pas à mettre en relief les particularités individuelles, – elles tiendraient ici de l’anecdote –, mais à porter l’élan de ce récit. Une réalité de cette envergure suscite un questionnement toujours ouvert, tant elle est déconcertante. La parole s’efforce de conjurer l’effarement. Une certaine connivence finira, au cours du récit, par unir certains acteurs tandis que d’autres nous demeureront, malgré nos efforts, presque impénétrables.
Plus que lune – et le récit, notre au-delà saisi dans l’immédiat, notre enchantement de présence, en vient lentement à naître, bienheureuse stylisation dans la patience des jours et son effort ardu à nommer, heureux. Si tu veux bien me suivre, pas à pas, si tu veux bien jouer le jeu...

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