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Octobre 2016 - Anne Mounic
Anne Mounic

Octobre 2016

A l’occasion de la parution de Plus que lune ‒ sur la lente échelle du rythme, je propose cet extrait du « Prélude », ainsi que le début du roman.

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Regards et floraisons. Gouache, 2015.

La réalité humaine, cette subjectivité avec laquelle nous embrassons le devenir afin de le modeler de nos œuvres variées, se capte et se communique indirectement, à l’oblique, et au fil du temps. La vie intérieure se meut comme une spirale. Sans cesse elle revient sur l’ombre, et jaillit la lumière. Il n’est rien d’arrêté, rien de définitif, aucun signe qui fasse de nous de plates habitudes, de simples réitérations. Chacun est unique ; nul n’est superflu. C’est une éclosion toujours recommencée, un peu plus avant, un peu plus loin. Le récit, comme la musique, place l’instant en excès par rapport à lui-même puisqu’il vise un jaillissement dans l’au-delà qu’il suscite. Les personnages surgissent. Il n’est que de les nommer pour qu’ils entrent de plain-pied dans la narration, Vlad et Magda, Teddy et Nadine, Mona, étudiante dépassée par les exigences universitaires, Caroline, qui, elle, tellement singulière à notre époque, se passionne pour la littérature, Hervé, Basile, et Constance, qui, se fiant opiniâtrement à son utopie, les rassemble tous à la fin. Elle n’oublie pas Cédric, qui pense que Teddy se trouve au chômage, car il est incompétent, et Marcel, qui rêve d’un pouvoir fort pour se débarrasser des problèmes et des vauriens. Je confie l’esquive du péril à la ferveur réparatrice de la parole. Et puis vient Benjamin, poète. Les individualités se croisent sans nécessairement se reconnaître. Certaines ne s’expriment que très brièvement, dans l’autobus ou à la faveur d’une conversation qu’il est intéressant de rapporter. Patricia, elle, ne sait plus très bien où elle en est.
Ces personnages mettent en scène le drame en le dépouillant afin d’en explorer les ressorts, ou de le tenter, au moins.

Plus que lune ‒ sur la lente échelle du rythme. Paris : Feuilles, 2016, p. 9.

Il dit que le Sacré (il met une majuscule à ces mots-là) exige que meurent ceux qui ne le respectent pas.
Il applaudit.

Hervé pense qu’il agit. La cause est juste. C’est amplement démontré. Il le faut. Il faut que la cause soit juste. Il faut que ce soit amplement admis sans qu’on ait besoin d’y revenir. Il lui faut agir. Hervé a trouvé sa voie. Auparavant…, il ne se souvient même plus très bien… Il menait une vie terne, ne savait trop que faire, où se tourner. Il attendait tout du monde extérieur, de l’occasion – ce qui se présenterait –, mais l’événement lui résistait. Rien ne se manifestait. Le vide finit par résonner en lui. Il tenta deux ou trois petits larcins, histoire de se remettre à flot. Il eut de la chance, ne se fit pas prendre, continua un peu de cette façon, mais son existence ne se justifiait pas. Il lui manquait quelque chose, qu’il ne songea pas à trouver en lui-même. Le manque était double. Il avait besoin que quelqu’un substitue à l’individu qu’il était, ambitieux mais sans ressort intérieur – il se sentait petit, bien trop petit –, une figure tellement reconnaissable qu’elle serait reconnue ; et il n’aurait pas à chercher en lui, vainement, l’inouï, tellement immaîtrisable, pour soi déjà, au départ. Au seuil des années, la perspective déjà l’épuisait.

Ibid., p. 15.

L’ouvrage s’articule autour de trois temps musicaux, « Symphonie Pathétique », « Invitation à la valse » et « April in Paris », chacun de ces morceaux donnant le rythme particulier d’un moment narratif.


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