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Hiver 2012 - Automne 2011 - Anne Mounic
Anne Mounic
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Hiver 2012 - Automne 2011

Tout près du ciel, les robes folles. Perros-Guirec : Anagrammes, 2012.

Je me souviens des robes folles au ciel
de l’immeuble qui nous servait d’école, à Paris, dans les années soixante.
Sur le toit en terrasse, bordée de hautes grilles vertes, assez finement tissées, très résistantes, nous jouions à la marelle, à la corde à sauter, ou bien à la ronde, en chantant toutes en chœur ces jolies chansons… Nous n’irons plus au bois, les lauriers sont coupés… Dansons la capucine, y a pas de pain chez nous… ces jolies chansons qui dissimulaient leur tristesse dans l’insouciance de nos jeux tout en nous soufflant l’intuition de l’inclémence du monde.

Il existait deux sortes de marelles, celle qui imitait l’hélice du colimaçon, aussi ronde que le jeu de l’oie ; celle qui, de la terre au ciel, ou bien à l’enfer, ce petit rectangle grillagé au seuil des cieux, adoptait le plan ancestral d’une basilique, mais on la disait « avion ». On poussait du pied, si je me souviens bien, de case en case, un palet, merel ou marel, nous dit le dictionnaire, de la racine marr-, pierre ou caillou, qui a donné aussi « marron ». L’étymologie s’amuse comme le poème à saisir un sens à la ressemblance, et c’est bien. La subjectivité est commencement incessamment renouvelé ; et la conscience réflexive, performative.

Ou bien on le faisait glisser, merel, marel, le caillou, le marron, la pierre – une boîte, souvent, de pastilles Pulmoll (digne ancêtre également, dans nos jeux d’enfants, du téléphone portable), si je me souviens bien de ce raclement de ferraille sur le ciment couvert de peinture rouge – on le faisait glisser d’un geste de la main avant de s’élancer à cloche-pied par les dédales de cette architecture de craie, que nous avions auparavant tracée au sol comme se manifestent à fleur de terre les vestiges arasés des antiques cités ?
Nous, nous tenions notre agora tout près du ciel,
à la cime de l’école Charles Péguy, avenue Parmentier, à Paris.


Heureux les épis mûrs et les blés moissonnés

Nous avions appris ces vers,
qui m’avaient trouvée rebelle,
dès le premier instant.

J’ignorais pour quelle intuitive raison,
mais je pressentais dans cette clôture une cuisante erreur,
une âpre douleur, bien au-delà
de ses affres singulières – la moisson d’une maturité manquée
à l’égard du possible en cet instant-là,
à l’égard de l’imminence d’un bien-être,
subitement dévoyée.

La guerre tue non seulement des hommes,
mais leur art de vivre aussi – leur offrande au monde futur.

Oh, songez à tout ce qu’ils auraient pu nous donner,
n’eussent-ils été « moissonnés ».

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Counting the Beats : Robert Graves’ Poetry of Unrest
. With a Foreword by Claude Vigée. Amsterdam : Rodopi, 2012.

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« Graves, and I, twenty years later, at the end of the historical hell in which we were trapped, had to make a huge effort in order to generate, out of ourselves – without any support from the tutelary transcending powers, then derisory and fallen, inherited from the destroyed past – a new and genuine life. We endeavoured to cut a path beyond the disasters of modern history, and the material, and spiritual, ruins heaped all around us by our dull, mean, narrow-minded murderers, our brothers – who remained our contemporaries, in spite of everything. To meet the challenge of despair, we had to invent an unknown path through the darkness, which would lead us to what inconceivable dawn ? We had to draw from the weak creative forces that remained to us some sort of a permanent counter-song. Coming up against the dead end of Eliot’s gloomy, and final, statement in The Waste Land, this bitter poetic fruit gathered by the serious, yet dispiriting, poet at the end of the First World War, it was our duty to say no to Eliot’s famous line : “These fragments I have shored against my ruins.”
In Robert Graves, man and poet, I recognise a fellow struggler for life, a long unsuspected fellow poet in the great adventure of terrestrial redemption of the human being tempted today like yesterday, by the perverse ecstasy of murder and collective suicide. Our motto is to endure : “Mais l’attente est divine.” »

Claude Vigée
22nd June 2008

Pastel de couverture : The Sea in Deià, Majorca, par Guy Braun, 2011.

http://www.rodopi.nl/ntalpha.asp?BookId=COS+192&type=new&letter=

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Monde terrible où naître : La voix singulière face à l’Histoire. Paris : Honoré Champion, 2011.

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La voix, en tant que puissance intérieure, s’oppose à l’extériorité de l’objet, qu’il soit concept, Idéal, ou objet esthétique. Au lieu de la dualité sujet / objet, elle manifeste l’unité du sujet en son choix éthique. Proclamant sa responsabilité, elle fait pièce au tragique et au sacrifice, qui requièrent que le détachement cathartique se substitue à l’empathie, de sorte que le singulier se résorbe, « sans laisser de cicatrices », dans l’universel. L’étude du point de vue de T.S. Eliot nous permettra de mettre en valeur la dimension esthétique de cette conception idéaliste du devenir historique et du symbole « que parfait la mort ». En revanche, les deux chapitres consacrés à Katherine Mansfield mettent en relief la modernité de la voix singulière. Quant à Benjamin Fondane, il est le meilleur exemple, avec Claude Vigée, que l’on puisse trouver à notre époque (vingtième et vingt et unième siècles), de cette puissance du singulier, puissance du gouffre, mais aussi d’affirmation du sujet, puissance du souffle, même s’il s’exprime au nom très humble de l’ortie. Quant à Imre Kertész, il trouve ici sa place par sa réflexion sur l’individu confronté à l’objectivation du pouvoir, la dictature de Kádár lui servant de madeleine proustienne pour se remémorer Auschwitz, mais il n’est pas plus optimiste en ce qui concerne la mondialisation à fondement exclusivement économique que nous connaissons aujourd’hui. Et je commencerai par consacrer un chapitre à Shakespeare, qui a su analyser, avec tellement d’acuité, les mécanismes de la force, selon le mot de Simone Weil dans son étude sur l’Iliade.


Nous verrons, tout au long de cette étude, que deux perspectives s’opposent, celle qui part du sujet et celle qui soumet ce dernier à l’objet – d’un côté, l’élan de vie, la voix, le singulier soumis au devenir ; de l’autre, la fixité dans l’intemporalité, le concept ou l’idée, l’universel. En somme, il est question dans ce livre, tout simplement, de liberté, le choix éthique affrontant la nécessité, sur le modèle de la lutte de Jacob avec l’ange, et l’individu décidant que, par sa parole, il peut, en donnant un visage au monde, en concilier la « tendre indifférence », selon le mot de Camus à la fin de L’Etranger. Le dualisme du signe (employant ce mot, je pense à Emile Benveniste et à Henri Meschonnic) scelle le règne de l’absurde ; l’unité dialectique du rythme déduit le sens de l’engagement que le chant implique.

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Midi, pleine lune. Colomiers : Encres Vives, 2011.

et toute parole dès lors prend racine

Aimer quelqu’un, se reconnaître
en quelqu’un, c’est esquiver l’anonymat
de la silhouette qui passe.

C’est reconnaître, c’est être reconnu,
non plus comme un signe, désincarné,
mais comme sens, substance,

et toute parole dès lors prend racine
dans la réalité, et sa source à la source
de nous-mêmes.

Aimer, reconnaître, être –

la silhouette de l’autre en nous
va son chemin, comme l’axe du voyage, ici-bas.


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Guy Braun | | Temporel.fr