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Extraits - Anne Mounic
Anne Mounic
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Extraits

Traductions

Stevie Smith

Harold’s Leap

Harold, are you asleep ?
Harold, I remember your leap,
It may have killed you
But it was a brave thing to do.
Two promontories ran high into the sky,
He leapt from one rock to the other
And fell to the sea’s smother.
Harold was always afraid to climb high,
But something urged him on,
He felt he should try.
I would not say that he was wrong,
Although he succeeded in doing nothing but die.
Would you ?
Ever after that steep
Place was called Harold’s Leap.
It was a brave thing to do.

Le saut d’Harold

Harold, es-tu endormi ?
Harold, je me souviens que tu as sauté,
Bien entendu, cela t’a tué,
Mais c’était un acte courageux, oui.
Deux promontoires s’élevaient haut dans le ciel,
D’un roc à l’autre, il a fait un saut,
Est tombé, la proie des flots.
Harold avait toujours eu peur de s’élever,
Mais quelque chose l’a poussé,
Il a eu le sentiment de devoir essayer.
Je ne dirais pas qu’il avait tort,
Même s’il n’a réussi qu’à mourir.
Et vous, que diriez-vous ?
Par la suite, cet escarpement
De Saut d’Harold reçut le nom.
C’était un acte courageux.

Stevie Smith, Poèmes. Traduction et présentation. Paris : L’Harmattan, 2003..

Vincent O’Sullivan

Talking of stone

Mandelstam looking at Notre-Dame
thought how heaviness was evil,
how architecture’s hoisting light
from the back of shade was to come
at beauty : each breath raised the stone
a fraction, each breath which is
more, however little, than the man
who breathes it, raises it,
see, so horizons fatten
between earth and sky.
At the end
of a lifetime’s breathing as a man
ideally would like to breathe (on his
own terms, to his own words), it
is there, writing the skyline, it is
there about him, that vault of such
pure breath, such redeemed stone !
On the sky’s edge a cathedral
so tall we absorb it, stone
upon stone,
kamen na kamen.
Yet blood as you always knew,
putting it bluntly, slips its red
flag from the lightness of earth’s things.

En parlant de la pierre

Mandelstam en regardant Notre-Dame
songea que le poids était le mal,
que la lumière de l’architecture s’élevant
du fond d’ombre devait atteindre
la beauté : chaque souffle éleva d’un peu
la pierre, chaque souffle, qui
surpasse, même menu, l’homme
qui le produit, l’élève,
voyez, de sorte que les horizons prennent corps
entre terre et ciel.
A la fin
d’une existence à respirer comme un homme
dans l’idéal aimerait respirer (selon lui,
par ses propres mots), la voici,
calligraphiant la ligne des toits, la voici
près de lui, cette voûte de si
pur respir, rédemption de pierre !
A la lisière du ciel, cathédrale
si haute que nous nous en imprégnons, pierre
par pierre,
kamen na kamen.
Le sang pourtant, comme jamais vous ne l’avez ignoré,
pour le dire sans ambages, dégage furtivement
son drapeau rouge de la légèreté des choses de ce monde.

Vincent O’Sullivan, Cette voûte de si pur respir. Traduction et présentation. Paris : L’Inventaire, 2006. (Ouvrage publié avec le concours du Centre National du Livre.)

Robert Graves

LA DEESSE BLANCHE

La vilipendent tous les saints et les sages
Que gouverne du divin Apollon le juste milieu -
Au mépris duquel nous parcourûmes les mers pour la trouver
En ces régions lointaines où très vraisemblablement elle
/demeurait,
Elle que nous désirions par-dessus tout connaître,
Sœur du mirage et de l’écho.

Ce fut vertu de ne point rester,
Que de suivre notre opiniâtre route héroïque
A sa recherche au faîte du volcan,
Sur la banquise, ou là où ses traces s’étaient estompées
Par-delà l’antre des sept dormeurs :
Elle dont le front haut et large avait la blancheur de la lèpre,
Elle qui avait les yeux bleus, les lèvres sorbe,
Elle dont les boucles couleur de miel effleuraient de ses
/hanches la blancheur.
La verte sève du printemps au jeune bois tout en émoi
Célébrera la Mère de la montagne,
Et tout oiseau l’espace d’un instant l’appellera de son chant :
Mais il nous est donné, même en novembre,
De toute saison la plus âpre, le sentiment si extrême
De cette splendeur qu’elle porte en sa nudité,
Que nous oublions sa cruauté et ses trahisons passées
Sans nous soucier de l’endroit où le prochain trait de foudre,
/vif, risque de tomber.

Robert Graves, Poèmes. Traduction et présentation d’Anne Mounic. Paris : L’Harmattan, 2000.. (Ouvrage publié avec le concours du Centre National du Livre.)

Michael Edwards

The Tree

When I was a boy, I killed a tree.
The uncanny branches, up overhead, were full of sky ; I
surged up the trunk ; they were full of me.

I leapt and hung, lithe as an ape in the sun, possessing the
boughs.
The joints of my body bent with the knuckles of the
wood ; and the coarse bark teased my toes.

I straddled a branch and shook with the shaking leaves.
Our bodies relaxed ; house and lawn and flowerbed
steadied like dying waves.

The pocket-knife, big in my fist, was scraping along the
branch.
I thought of Jimmy, and moor-hens, grasshoppers, and
lunch.

I eased in the blade ; it trembled and leapt up my arm.
The bark in my grip was a scaly snake, threshing and warm.

I drew back the blade, absorbed, and the bark peeled out.
The flesh of the lovely wood was green then white

And soft, and moist. The tender thin heart
Drew down my eyes, discovering, so cool amid such heat.

Should I strip all round ? The knife was at its task.
The work was perfect almost before I could ask.

Perfect the feathered white, the new lean touch of the
wood.
I tore off the husk to find the pulp, there, here, below,
above, wherever by stretching and twisting I
could.

My muscles tired, my mind swam back ; I perched uneasy
under the sky.
The sudden neighbour – "You’ll kill it !" – more scared
than I.

I put away the knife, and awkwardly clambered to the
ground.
I walked away over the lawn, and once or twice looked
round.

When I was a boy, I killed a tree.
Be careful of me.

L’arbre

Quand j’étais enfant, j’ai tué un arbre.
L’étrange ramure, au-dessus de nous, était emplie de ciel.
D’un seul élan, me voici en haut du tronc ; elle
s’emplit de moi.

Je bondis et m’accrochai, agile comme un singe au soleil,
en pleine possession de la ramée.
Les jointures de mon corps se courbaient aux
articulations du bois, et la rugueuse écorce me
griffait les orteils.

A califourchon sur une branche, je frissonnai du frisson
des feuilles.
Nos corps s’apaisèrent ; maison, pelouse et massifs de
fleurs retombèrent comme vagues mourantes.

Le canif, aussi gros que mon poing, s’était mis à gratter le
rameau.
Je songeai à Jimmy, aux poules d’eau, aux sauterelles, et
au repas de midi.

J’enfonçai la lame, qui vibra et rebondit sur mon bras.
L’écorce dans mes mains était un serpent à écailles, chaud
et palpitant.

Je retirai la lame, absorbé, et l’écorce se détacha.
La chair du bois joli était verte, puis blanche,

Moelleuse et humide. Ce tendre cœur fluet
Attira mon regard de pionnier, tant de fraîcheur par une
telle chaleur.

Allais-je tout dénuder ? Le couteau accomplissait sa
besogne.
L’œuvre avait atteint sa perfection avant, presque, que je
me pose la question.

Parfaite, cette duveteuse blancheur, la neuve caresse du
bois dépouillé.
J’arrachais l’enveloppe pour trouver la pulpe, là, ici, par-
dessous, par-dessus, partout où je le pouvais, en
tirant, ou bien par torsion.

Puis mes muscles se fatiguèrent ; je sortis du rêve. Sous le
ciel je juchais mal à l’aise.
Un voisin de lancer tout à coup : « Tu vas le tuer ! » Il
avait plus peur que moi.

Je rangeai le couteau et, maladroit, descendis péniblement
de l’arbre.
Sur la pelouse je m’éloignai, et une ou deux fois, jetai un
coup d’œil en arrière.

Quand j’étais enfant, j’ai tué un arbre.
Prenez garde à moi.

Michael Edwards, At the Root of Fire/A la racine du feu. Traduction et présentation d’Anne Mounic. Paris : Caractères, 2009. (Ouvrage publié avec le concours du Centre National du Livre.)

Revues et ouvrages collectifs

Robert Graves, « The Cool Web / Tiède toile » et autres poèmes. Anthologie bilingue de la poésie anglaise. Préface de Bernard Brugière. Edition établie par Paul Bensimon, Bernard Brugière, François Piquet et Michel Rémy. Paris : Gallimard Pléiade, 2005, pp. 1238-1249.

Vincent O’Sullivan, « Professionnelle », Europe, n° 931-32, novembre-décembre 2006, pp. 91-95.

Jenny Bornholdt, « Dans le jardin », poèmes. Douze écrivain néo-zélandais : Les Belles Etrangères, anthologie. Paris : Sabine Wespieser, 2006, pp. 17-41.

Vincent O’Sullivan, « Motus, c’est bien elle », poèmes. Douze écrivain néo-zélandais : Les Belles Etrangères, anthologie. Paris : Sabine Wespieser, 2006, pp. 179-211.

Vincent O’Sullivan, « Believe Me » / « Croyez-moi », Katherine Mansfield Studies, volume 2 (2010). Edinburgh University Press, pp. 181-182.

Katherine Duffy, “Aria” et autres poèmes, Four Irish Poets / Quatre poètes irlandais. Edited by Cliona Ni Riordain. Dublin : The Dedalus press, 2011, pp. 40-59.


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