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Poèmes - Anne Mounic
Anne Mounic

Poèmes

Récits, nouvelles, poèmes – poèmes

midi, pleine lune

Si le rêve débute chez nous, où maintenant nous habitons,
c’est dans un creux, la pente qui mène de la rue
à la porte d’entrée se faisant plus abrupte et profonde
à mesure de la menace qui toujours vise
à l’intimité. Il peut y avoir du désordre en bas,
l’agitation d’une crise, d’un chambardement,
avant que ne s’élève l’esprit, créant ses propres corridors, ses vérandas,
ses échappées. Cela ressemble à un resserrement au cœur de soi
jusqu’à la contraction extrême et l’ouverture, enfin,
à la joie de l’instant. La meilleure image
pour figurer ceci serait celle d’une éclosion,
le déploiement d’une corolle jusqu’à ce qu’en flottent les pétales,
si légers, sous la brise bienveillante.

On se sent alors si libre, et cela ressemble à l’orgasme,
mais uniquement en le considérant comme le haut point de plénitude,

midi,

de l’être en son entier,

pleine lune aussi –
de l’âme-corps,
unité scellée.

midi, pleine lune. Illustrations de l’auteur. Colomiers : Encres Vives, 2011.

***

mardi 21 juillet, Capranica

Et d’un plongeon léger, la petite hirondelle
Vient puiser sa menue gorgée de reflet bleu ;
De tout là-haut, trois petites tours à tire-d’aile
Pour mesurer ses risques, saisir ce que peut

Être, entre le ciel et son reflet ; même d’elle,
Son visage, alors que l’eau frissonne, s’émeut,
Comme nous nageons, attentifs à la merveille
De sa visitation et nous efforçant peu

Ou prou de ne pas en entraver les délices
Puisque par elle ici nous nous faisons complices
Des luttes du hasard et de la volonté,
De leurs chamailleries, de leurs fièvres duplices,
Quand nous mouvant dans l’eau comme nageurs zélés,
Nous embrassons sur ses ailes les cieux d’été.

- Buena sera, Signore !

Visiblement, on le connaissait ici. C’était un familier de ces lieux – de cette gelateria au bord des jardins, à flanc de coteau, de Capranica ; quelques petites tables joliment alignées dans une cour pavée, sous de grands parasols blancs flottant au vent.

Nous prîmes une coupe de glace à trois parfums dans un ramequin de verre bleu – toi : pistacchio, limone, zuppa inglese ; moi : amarena, limone, nocciola –, et nous installâmes non loin de la porte du cabinet médical – studio medico –, juste à côté du restaurant – osteria.

Lui, s’était assis près de la balustrade et avait commandé ce qu’il voulait. Le serveur, jeune garçon souriant, lui apporta bientôt son thé, une rondelle de citron juchée sur le bord du verre et des sablés au chocolat, disposés sur un napperon de papier dentelle dans une assiette à dessert.

Cet homme âgé – cheveux blancs, mains ridées, aux veines noueuses – remercia, presque sans remuer.

Assis à notre table, nous le contemplions de profil, lui qui ne bougeait pas.

- J’imagine, m’as-tu dit par la suite, qu’il est veuf et vient tous les soirs poursuivre le rituel du temps passé. D’ailleurs, tout le monde ici le connaît.

- J’hésite, t’ai-je répondu. Est-il demeuré seul toute sa vie, cultivant ainsi, presque hiératique, ce dialogue érudit avec le silence, ou bien n’est-il seul que maintenant, puisant dès lors dans le passé tout le jour qui vient ?

En tout cas, tandis que, non loin de lui, nous savourions notre glace aux trois parfums, comme absent, il n’a pas remué un seul instant, la rondelle de citron toujours perchée sur le verre immobile où reposait le thé doré, les sablés couchés dans l’assiette, étirant sans broncher leurs zébrures de chocolat noir, comme la mémoire.

Nous le contemplions, invariablement, de profil,
tel ces silhouettes en pèlerinage que l’instant immobilise
dans le Livre des morts des lointains Egyptiens.

En son drame singulier, il absorbait autour de lui tout l’univers.
Il était donc lui-même une figure au mouvement arrêté,
en suspens sur la durée, ainsi parée de hiéroglyphes.

L’eau de prudence. Illustrations de Guy Braun. Paris : Caractères, 2011, pp. 38-39.


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