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Novembre 2017 - Anne Mounic
Anne Mounic

Novembre 2017

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Je propose, pour le mois de novembre, un autre extrait de Poésie et philosophie : Ineffable rigueur (Leiden/Boston : Brill/Rodopi, 2017), tiré du chapitre 2, « Poésie et politique : Dissidence européenne au vingtième siècle ». Le Livre 10 est le Livre 10 de la République. J’ai laissé les notes de bas de page en ce qui concerne les citations des Lois.

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Socrate préconise d’emblée de bannir de la cité la « poésie qui consiste dans l’imitation » (Livre 10, 595 a). Cette dernière, ne façonnant pas l’objet véritable et n’en ayant pas non plus connaissance, passe bientôt pour charlatanisme (Livre 10, 598 a). De surcroît, l’imitation, en appelant aux facultés inférieures de l’âme qui dès lors se peuple de contradictions, s’oppose à la raison, celle-ci imposant mesure et calcul (Livre 10, 603 a). Platon énonce déjà le principe de contradiction qu’Aristote formulera dans sa Métaphysique (Γ, 3) : « N’avons-nous pas dit que la même faculté ne pouvait pas porter simultanément deux jugements contraires sur les mêmes choses ? » (Livre 10, 602 c) Au lieu de célébrer la vérité, Homère et les poètes tragiques imitent tellement bien les émotions qu’ils suscitent chez leurs lecteurs ou spectateurs une « sympathie » que seules les femmes devraient éprouver (Livre 10, 605 d). En d’autres termes, au lieu d’encourager à la purification et à la maîtrise de la douleur, les poètes suscitent l’empathie à son égard, ce qui est le contraire de la fortitude. Il ne faut donc admettre dans la cité que « des hymnes aux dieux et des éloges des gens de bien » (Livre 10 607 a) et bannir la « Muse plaisante, soit épique, soit lyrique ». Dans les Lois, ouvrage entrepris par Platon à la fin de sa vie, à la suite de ses deux derniers séjours (367-366 et 361-360) à Syracuse auprès de Denys II, et de son échec, le philosophe met dans la bouche de « L’étranger d’Athènes » la même recommandation : « Que le poète ne compose rien d’autre que ce que la cité regarde comme légal, juste, comme beau et bon. Quant à ses compositions, il ne lui sera permis de les montrer à aucun particulier avant qu’elles n’aient été vues et approuvées par les juges qui auront été désignés à cet effet et par les gardiens des lois. » Socrate ajoute que « ce n’est pas d’aujourd’hui que date la brouille entre la philosophie et la poésie ». Le philosophe ne saurait se « laisser entraîner ni par la gloire, ni par la richesse, ni par aucune dignité, ni par la poésie même à négliger la justice et les autres vertus » (Livre 10, 608 b). La vérité l’emporte même sur l’individu, ainsi que Socrate l’affirme au tout début du Livre 10 : « … on doit plus d’égards à la vérité qu’à un homme » [...].

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