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Octobre 2017 - Anne Mounic
Anne Mounic

Octobre 2017

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A l’occasion de la parution de Poésie et philosophie : Ineffable rigueur, je propose ici de lire le début de l’Introduction, sans les notes, si ce n’est celle qui concerne l’ouvrage de Maria Zambrano, qui fut le point de départ de ma réflexion. Suit la table des matières.

Ineffable rigueur
Qui maintient nos vergers,
Tout offrir c’est jaillir de toi.

René Char, « Sortie », Le Nu perdu (1971).

Ce livre, aboutissement d’une recherche poétique de plus en plus curieuse de la réflexion des philosophes, provient en dernière instance de la lecture de l’ouvrage de Maria Zambrano (1904-1991), philosophe espagnole couronnée a Madrid, en 1988, quatre ans après son retour d’exil (depuis 1939) en Amérique latine et en Europe, du prestigieux prix Cervantès, et dont le premier travail philosophique, sa thèse, rédigée entre 1931 et 1936, portait sur Le Salut de l’individu chez Spinoza. Dans Philosophie et poésie (1939), dès le premier essai, « Pensée et poésie », le philosophe constate l’insuffisance de ces deux directions de la parole en leur « double tension » pour en déduire une raison « décisive » de « ne pas abandonner le sujet ». Elle décrit ainsi l’insuffisance de ces deux pôles : « L’homme entier n’est pas dans la philosophie ; la totalité de l’humain n’est pas dans la poésie. Dans la poésie nous trouvons directement l’homme concret, individuel. Dans la philosophie l’homme dans son histoire universelle, dans son vouloir être. La poésie est rencontre, don, découverte par la grâce. La philosophie quête, recherche, guidée par une méthode. » Dans le dernier essai, « Poésie », Maria Zambrano conçoit à la parole un dessein unique que philosophie et poésie visent avec chacune « leur racine et leur raison » : « La parole est venue pour donner forme, pour être la lumière de ces deux infinis qui cernent et bordent la vie humaine. »
Je me propose de rendre compte ci-dessous de la démarche du philosophe tout en inversant dans cet essai la relation, puisque j’aborde le sujet du point de vue du poème. C’est en tant que poète et chercheur réfléchissant sur l’œuvre poétique que j’ai lu certains philosophes afin d’approfondir mon étude et, sans doute, de ne pas la confiner dans les limites du Même. En effet, j’ai toujours constaté qu’on atteignait, par le biais de ce qui est Autre, à une lumière bien plus éclatante, et surtout bien plus chaude, que la timide lueur que l’on suscite dans les limites de l’Identique. Cela vaut autant pour la comparaison entre les œuvres, les traditions et les époques que pour la confrontation entre disciplines. Cela dit, certaines approches éclairent tandis que d’autres limitent. Il en est ainsi de l’approche psychanalytique, ou psychologique, des œuvres littéraires. La lecture relève en effet de l’intersubjectivité, non d’une relation de sujet à objet. Comme l’a exprimé Proust, elle impulse chez le lecteur un commencement.
L’œuvre, de toute façon, n’est pas un objet, mais l’épreuve de la vie se manifestant, puis se forgeant à la conscience. L’œuvre littéraire ou artistique révèle l’élan du sujet vers une seconde personne, vers un avenir ; elle ne procède pas d’une démarche involutive ou d’une exploration du temps révolu en quête de signes. Les approches objectivantes ne sont pas toujours satisfaisantes. Il est clair, comme le note Kierkegaard dans Ou bien … ou bien (1843), que « l’individu éthique est transparent à lui-même et qu’il ne vit pas ‘ins Blaue hinein’ comme le fait l’individu esthétique ». [...]

Introduction 1
1 Vie hasardeuse et violence philosophique
Philosophie et poésie de Maria Zambrano 12
2 Poésie et politique
Dissidence poétique européenne au vingtième siècle 54
3 Charles Baudelaire et Søren Kierkegaard :
éthique du commencement et œuvre
La valeur de l’instant serti sur l’infini 103
4 Benjamin Fondane et Léon Chestov
Une dissidence partagée ; deux voix distinctes 134
5 Le sujet poétique ou L’audace de commencer 169
Ouverture
Le questionnement poétique et philosophique 204
Bibliographie 231
Index des auteurs cités 243


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