Strict Standards: Only variables should be passed by reference in /homepages/1/d148233771/htdocs/anne/config/ecran_securite.php on line 283
Mai 2017 - Anne Mounic
Anne Mounic

Mai 2017

A l’occasion de l’exposition de l’exposition de quelques gravures et monotypes dans la vitrine de la boutique Charbonnel, 13, quai de Montebello, 75005 Paris, à partir du 4 mai jusqu’à la fin du mois, je propose le début d’une nouvelle extraite de Naissance à crédit et autres nouvelles (2017). Ce recueil est en effet agrémenté de croquis et de gravures.

JPEG - 49.2 ko
En regard, III. Gravure (pointe sèche).

La chute

Le sentier peu à peu se resserra. Courant le plus vite qu’il le pouvait, il butait de plus en plus souvent sur les pierres qui faisaient saillie. Le relief se creusa. Il entendait de plus en plus distinctement les pas précipités de ses poursuivants, martelant sourdement le sol durci par la sècheresse de l’été. On aurait cru que le monde tout entier résonnait à ses oreilles, menaçant, dévorant, ogre.
Il parvint à la crête. Il fallait à tout prix leur échapper. Question de vie ou de mort. Le chemin, très étroit, surplombait le vide. Une fine poussière se mêlait à la brume de chaleur. Dans l’urgence de la fuite, il n’y avait nul effroi à surmonter. Le sentiment ne parvenait guère à la conscience. Bloqué par l’exigence de l’action, il se tapissait, en retrait, dans la complexité de la personne ‒ pour mémoire, si le fugitif parvenait pour l’heure à se sauvegarder le loisir du souvenir, à ressaisir plus tard, dans la métamorphose de la parole.
Les silhouettes agiles le talonnaient. Il fallait absolument leur échapper. Dans son esprit, ce n’étaient pas des mots qui se pressaient, mais un élan, une force impérieuse, une irrésistible poussée que, seuls, l’épuisement physique, le faux pas, le défaut de dextérité pouvaient contrecarrer. L’impératif de la fuite exacerbait la lutte contre les éléments. L’hostilité humaine accusait et précipitait la résistance des choses à la splendide fragilité de l’ardeur individuelle.

F., le fugitif, avait vu le fond, mais sut instinctivement, aussitôt, qu’il ne fallait pas le regarder. Le gouffre, creusé à pic entre les cimes, invitait sournoisement à la chute. L’abîme était doué d’un génie supérieur de séduction. A un autre moment, il aurait réfléchi à cette question dans toute la plénitude du raisonnement tranquille. A cet instant, les ombres véloces l’assourdissant du tambourinement rapproché de leur poursuite, il ne perçut la réalité de l’existence qu’à la façon d’un tout percutant en train de saisir son intelligence en alerte afin de lui donner, immédiatement, le réflexe le plus adéquat.
[...]

JPEG - 49.4 ko
Qu’il y ait la lumière, Au commencement I, 3.
Gravure (pointe sèche) et monotype.

On trouvera ce recueil chez Charbonnel, ainsi qu’en librairie : Compagnie et L’œil Ecoute.


nous contacter | sommaire | rédaction | haut de page

Guy Braun | | Temporel.fr