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Mars 2017 - Anne Mounic
Anne Mounic

Mars 2017

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Nus en mouvement. Pointe sèche, 2016.

A l’occasion de la parution de Tout l’à-propos de ces merveilles. Poèmes 2015. Colomiers : Encres Vives, n° 463, voici ce poème, page 4.
Les cinq poèmes qui suivent « la chrysalide de chagrin » complètent « En pure gratuité, le récit partagé », poèmes (2013-2014) parus dans le numéro 1055, mars 2017, d’Europe, pp. 250-252.

*

la chrysalide de chagrin

La joie, comme la lumière, se suspend
sur l’azur, conversion de notre condition
à son intériorité de l’instant étreint.
Que l’on s’en éloigne, embrassant
souverains les bornes de notre vie, et
l’on perçoit la chrysalide de chagrin
qui parfois, légère, se métamorphose
en cet équilibre rayonnant, en pleine
floraison, de corolles et de sens.

Le souverain bien tient à cet effort,
qui œuvre à notre essor. Bienheureuse
reverdie, épanouissement sur les lèvres
du miel secret de l’ombre.

*

*

*

une eau lestée de ses profondeurs

Le fleuve se perle de festons inégaux, de vastes
cercles difformes où pique, en menues pointes,
la lumière.
Le reflet se brise
sous ces caprices du souffle, qui trouble
l’écoulement lisse d’une eau lestée
de ses profondeurs.
L’ombre
glisse entre les rives, miroir
de son tain silencieusement historié ‒
ce qui vous est donné, que vous
recevez, sans en connaître la portée.

La parole n’élucide que l’illumination de l’instant
au sein du langage,
double du devenir.
Le récit affleure en éclats vigoureux.
Sous le dit
rayonne le mystère de la chair, cette puissance de dire qui,
parfois vibrant à la lumière, atteste
de cette éternité qui nous lie, chair-esprit,
chair-récit.
Lent le fleuve,
bel animal en attente
de soi ‒ en un instant
jeté, plus que lui-même à l’oreille.

*

synthèse des formes

Des nuages à la ramure, l’or
du soleil noue le lien entre gris bleu
et nacre ocrée de roux.
L’œil
qui perçoit la synthèse des formes
se rend sensible à des équilibres
qui correspondent à l’être
en son unité.
Ainsi l’esprit
appartient-il au monde sans le renier,
ni le négliger. Il aurait tort ;
il serait mal avisé puisque sa virtualité
ne se saisit qu’en son incarnation.

Il n’est
qu’aux instants du lien.

*

au sein de l’éclat

Le voyage de la lumière, la limpidité de l’azur
tient à la minutie de l’ombre dans le secret menu
de la feuillée.
Chaque forme
trempe son être à cette source,
ce mystère,
et naît au jour clair.
Radieuse,
chaque silhouette se distingue dans la multitude
des singularités. Il s’ensuit, au sein de l’éclat,
un murmure heureux,
polyphonie
de conciliabules – la chair du monde et de notre être,

chant de l’intensité claire.

*

nous-mêmes, plus que nous-mêmes

Les voix dans les livres nous parviennent selon
la qualité de présence de notre instant, son écoute,
ses préoccupations, le moment de son histoire.

Parlant des autres, on parle de soi ‒ pas tout à fait
cependant, puisque le dire d’autrui à un certain point
étouffe sa mise en perspective et ce qu’il nous dit, à nous,
intimement ‒
ce qu’il importe de tirer au clair,
dans la rigueur de notre propre progression.

Lorsque je lève la tête de l’ouvrage, esquissant sur le ciel d’automne
la silhouette lointaine de celui que je mêle à mon être,
je saisis mon lien, unique, à cette guirlande de phares qui sont les guides
de notre initiation à nous-mêmes, plus que nous-mêmes, modelés
sous le geste d’autrui
que par notre œuvre singulière
dans l’avenir nous sertissons.

Les arbres pétillent de leurs feuilles mouvantes sur la voie lactée
du chemin ‒
nous rayonnons
des ors du miracle.

*

ce sens enveloppant et suave

La vérité du lien tient à l’effleurement,
à la perception tactile de ce qui, grâce à cette proximité,
perd de son effrayante altérité.
La félinité
de ce sens enveloppant et suave
témoigne également de sa souplesse.
Je ne me cabre pas
face à l’inconnu ; je l’amadoue
sans idée, sans idéal, sans déroger
ni à mes habitudes, ni à mes principes.

Le toucher du monde requiert un abandon
qui double la vue, en sa distance intellectuelle,
d’une étoffe de tendresse.
Chaque silhouette,
même au plus lointain des temps, s’étoffe
de sa substance vivante,
intensément.

Le devenir lui aussi,
comme le fleuve adhérant à son limon,
se fait caresse.

*

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Plume de paon et coquillage. Gouache, 2016.

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